dimanche 18 janvier 2009

Lundi 7 aout – après Massa e Cozzile

Je viens de rentrer chez moi après une semaine de vacances en Toscane et j’ai décidé de changer de braquet. Et comme disait une amie le braquet, c’est juste une histoire de cyclisme, une façon d'avancer plus vite sur du plat ou en côte, l’important étant quand même de pas crever.
Je décidais aussi que ce changement de braquet se traduirait par une connexion sur un site internet d’un type un peu spécial : adopteunmec.com.
J’irai y chercher LA femme.

Il y a de celà encore 2 mois je voyais ce type de média comme un moyen assez pathétique d’aller trouver chaussure à son pied. C’était pour moi un outil destiné à des mecs qui n’ont pas compris qu’ont peut recontrer une femme fantastique dans un bar, dans le métro, sur son lieu de travail ou encore parmi les amies de sa soeur. Ou bien un outil de recrutement pour serial-niqueurs.
Ou encore un moyen pour les nanas qui n’avaient toujours pas réalisé qu’on vivait au XXIème siècle et qu’il n’y avait pas besoin de se planquer derrière un écran pour aller faire une offre de service à un gars qu’elles trouvaient à leur goût.
Ou bien un outil pour serial-niqueuses.
Dans tous les cas rien de bien reluisant qui eût pu m’inciter à créer mon profil sur Meetic et à m’inscrire dans une des catégories sus-nommées. A fortiori dans les 2 dernières ...

Mais le mois de juillet et les quelques jours que j’allais passer en Toscane allaient ébranler ces confortables certitudes.

Tout d’abord le contexte avait évolué depuis fin juin. Je m’étais fixé un challenge énorme et débile à la fois. J’avais décidé de tomber amoureux rapidement et par rapidement j’entendais en moins de temps qu’il n’en faut pour faire naître un enfant dans un couple présidentiel franco-italien.
D’ailleurs mon défi n’était peut-être pas si débile et énorme que cela car rien dans les médias ne semblait discréditer l’hypothèse selon laquelle on pouvait rencontrer sa belle en octobre, l’emmener chez Disney avec des paparazzi en novembre, la présenter à sa maman en décembre sur le chemin du Vatican, l’épouser en janvier et la voir afficher son désir de maternité en première page des tabloïds en juillet.
Si un petit quinquagénaire au regard de Droopy était capable de ce genre de prouesse, pourquoi pas moi ?

Bien plus que le succès de la love-story présidentielle, c’est celle de mon ami Marco qui m’avait interpelé. Après quelques années de pérégrinations sur Meetic il avait fini, au premiers bourgeons du printemps, par rencontrer une belle chinoise prénommée Sun-Ye.
J’avais rencontré Sun-Ye début juillet. Elle était grande, très féminine, fière de ses origines, intelligente et en pleine rédaction d’une thèse d’anthropologie. Elle parlait un français très fluide au vocabulaire riche malgré seulement 3 ans de présence sur le sol Français. Le seul défaut qu’on pouvait lui trouver c’est lorsqu’on demandait où était passé une personne qui avait besoin d’utiliser les commodités, elle répondait parfois « Il est allé faire caca ». A mon avis sa réponse dépendait de la tête et de la demarche du type qui se levait pour aller satisfaire un besoin pressant.
Loin d’en faire un défaut, je trouvais que cette caractéristique rendait Sun-Ye encore plus exotique. Je la trouvais délicieuse et Marco l’avait rencontré sur le net.

En homme de conviction, je me disais quand même que je devais laisser sa chance au monde réel de prouver qu’il pouvait être un pourvoyeur efficace de rencontres dans un premier temps et de sensations amoureuses dans un second.
Durant ce mois de juillet je me mis donc à trainer mes guêtres de droite et de gauche et je fis quelques rencontres avec des représentantes de la gente féminine aux styles divers et variés.
Il y eut tout d’abord Tomoko, une artiste peintre japonaise rencontrée lors de son vernissage, mais Tomoko sous ses allures d’artiste anti-conformiste était dotée d’une mentalité traditionnellement japonaise. Elle avait été éduquée dans le but de servir son homme sur tous les plans. Bien que cette perspective eut pu paraître enchanteresse j’avais déjà fait auparavant le tour de la question et savais que je ne pourrais pas tomber amoureux de ma domestique.
Ensuite il y eut Claire rencontrée furtivement à Lille un typique soir de 14 juillet, c'est-à-dire au Network Club lors d’une soirée R&B. Claire était curieuse, avait l’esprit vif et un visage extrèmement harmonieux que ses yeux de cocker rendait encore plus expressif. Mais elle était l’amante d’un homme marié et venait d’apprendre dans la semaine que sa mère souffrait d’un cancer et qu’en conséquence le seul type de rencontre masculine qu’elle envisageait c’était un compagnon avec qui descendre des litres de mojitos glacés et bien tassés.
Enfin il y eut Juliette qui vint me demander du feu sur une péniche lors d’une soirée électro. C’était une belle blonde au yeux bleus, à l’allure tellement saine et allemande que si elle avait été coiffée comme la princesse Leïa personne n’aurait trouvé à y redire. Mais Juliette n’était pas allemande mais bordelaise et comme de nombreuses habitantes de cette ville c’était une bourgeoise tape-à-l’oeil à la conversation ennuyeuse car stéréotypée. Mais mon nouveau briquet s’avérant être turquoise comme ses yeux et comme le petit haut à bretelles sculptant sa poitrine généreuse, je me décidais à entamer la conversation. Une conversation qui se résuma en un échange de lieux communs et qui s’avéra, comme de bien entendu, ennuyeuse.
Nos échanges mollassons s’enlisant elle me tendit une carte de visite et le lendemain nous denvinmes Friends sur Facebook.

J’avais peut-être changé de briquet ces derniers jour mais niveau du changement de braquet l’évolution était loin d’être évidente. J’avais du me gourrer d’une lettre au moment où je prenais mes résolutions. Il était donc temps de prendre à nouveau des vacances pour réfléchir à nouveau et revoir posément ma stratégie.

Ca tombait bien car je devais passer une semaine en Italie avec 5 amis, dans une petite maison dominant la plaine Toscane depuis le village de Massa e Cozzile.
Je rejoignais Fabien et sa BMW X6 à Reims. Nous roulâmes pendant plus de 12 heures avec une petite fouille intégrale à la douane suisse du col de la Faucille et des escales mouvementées à Dijon et à Lausanne. Durant ce laps de temps, bien calés et climatisés dans son 4x4 de footballeur, nous abordâmes divers sujet dont celui de mon absence de vie sentimentale. Fabien procédait tel un psychanaliste : une bonne écoute et de courtes orientations pertinentes.
A la lumière de cet échange j’avais une nouvelle fois la confirmation d’une évidence : je devais évoluer. Je devais changer comportement et habitude. En bon cadre sup’, j’allais donc m’offrir un petit séminaire « positive mind-building » à l’ombre des cyprès et des oliviers.

Nous atteignîmes finalement notre destination par un étroit chemin de terre cahoteux. Aurélie, Christine, Carole et Gilles nous attendaient pour l’apéro.
Le séminaire s’annonçait bien. Le frigo et la cave étaient garnis de produits italiens. La table de la terrasse aussi.
Les choses sérieuses commençèrent par un rosé frizzante, des olives et de la mozzarella affumicata et le surlendemain elles se poursuivirent au beau milieu de la piscine par une conversation sur l’internet v2.

Carole, organisatrice d’évènements pour une agence de communication développait, sanglée dans son maillot de bain argenté, une théorie sur ces sites qui ont démarré leur activité à la fin du siècle dernier, lors de la bulle internet, en créant ou exploitant un besoin nouveau, né d’internet. Son credo était que ces sites après avoir été innovants se raccrochaient à de vieilles ficelles pour perdurer. L’exemple type étant selon elle Meetic, qui dans l’espoir de trouver un second souffle lançait MeeticAffinity, un succédané d’agence matrimoniale.
Carole ajoutait au passage que ça faisait belle lurette qu’elle n’était plus sur Meetic et qu’elle préfèrait AdopteUnMec, qui est beaucoup plus drôle et inventif. D’ailleurs, ajoutait elle, ce qui est génial sur le web c’est que comme tout va plus vite, il y a aussi plus de changement dans le monde de la virtualité.
A ces mots je dressais une oreille. Je ne sais pas pourquoi mais l’idée de me faire adopter m’était tout de suite apparue comme sympathique. Je lui demandais, faussement détaché, ce qu’il y avait de plus drôle et inventif sur AUM.
Elle m’explique que les femmes sont des consommatrices dans un grand supermarché où les hommes sont en rayons et que lorsqu’une femme trouve un produit masculin a son goût, elle l’adopte et le place dans son caddie. Ce n’est qu’une fois adopté par la consommatrice que l‘homme sera autorisé à lui adresser des mails pour tenter de la séduire. C’est ludique et en plus l’univers graphique est très sympa, « tout rose avec des petits caddies ».
Littéralement captivé je me redressais de mon matelas pneumatique gonflable et je posais d’autres questions à Carole et plus elle répondait plus j’avais la certitude que j’irais faire un tour sur ce site à mon retour de vacances.
Carole, elle-même, s’en était aperçue et me demandait : « Ca a l’air de t’intéresser à mort AUM ? ».
Je lui répondais que non pas vraiment mais que j’étais naturellement curieux et donc je posais pas mal de question sur tout et n’importe quoi.
Bien que démasqué je rangeais l’adresse www.adopteunmec.com dans un neurone que je m’efforçais de ne pas endommager les jours suivants du fait de mes abus de spumante, frizzante et mauvais chianti.

Revenu chez moi, à Paris, après avoir fait l’inventaire des factures qui m’attendaient au courrier et m’être servi une petite collation accompagnée d’une San Miguel bien fraîche, je viens de relire ce fameux neurone et par conséquent je décide de mettre mon PC sur ON.

Quelques minutes plus tard me voilà connecté sur AUM.

Comme l’a décrit Carole le portail d’accueil est rose bonbon et quelques spécimens mâles s’y affichent en dessous de la devise « AUM : hommes-objets à câliner ».
Leurs photos leur permettraient de postuler sans problème à un casting Ultra-brite ou pour un second rôle dans une série B hollywoodienne. Les pseudonymes, souvent anglicisés, se veulent vendeurs et rebelles comme « Vince », « ItaloBoy » ou « Ice cream ».
Histoire d’avoir une idée un peu plus précise de la concurrence je décide de lancer une requête pour avoir un aperçu des mâles en rayonnage en région parisienne.
A la lecture des résultats les tendances aperçues en page d’accueil se confirment. Beaucoup de beaux gosses s’affichent. La clientèle est plutôt jeune, autour de 20 ans, mais pas seulement. Je découvre également une mouvance « pack-de-6 » comme on dit outre-atlantique. Un bon nombre de candidats à la vente s’affichent torse nu et tous abdos dehors (le fameux « 6 pack ») donnant à certaines fiches l’allure de la page « mars ou le début du rut animal » du calendrier du Stade-Français, version équipe B ou C.
Dans la mouvance « pack-de-6 » on découvre aussi quelques « hommes-crevettes », une variante de l’homme-objet chez lequel on voit le torse, toujours glabre, parfois la queue mais jamais la tête.
Bref, l’examen de la concurrence ne m’effraie pas vraiment mais dans une économie où de plus en plus l’offre crée la demande je me dis que cet étalage de testostérone n’est pas à négliger.
Je décide donc de m’inscrire dans l’offre globale en essayant un léger démarquage par le biais de l’humour.
Dans la foulée je décapsule une autre San Miguel, je télécharge mes photos de vacances et je trouve une photo de plain-pied où j’apparais en marcel, tous biscotos dehors, dans les vestiges d’un cirque romain. Pile-poil !
Je télécharge cette photo et aussitôt je crée mon profil sous l’étiquette « Gladiator ». Non faut quand même pas déconner : ça fait trop 1er degré !
Mon avatar se nommera plutôt « Spartakus », avec un K histoire d’afficher mes affinités Marxistes et, pourquoi pas, de me faire adopter par une prof d’histoire. J’ai toujours eu un faible pour les profs d’histoire.
Je renseigne les informations pratique assez sérieusement. J’aime lire, écrire, faire la cuisine, oui j’ai une baignoire et non je n’ai pas de 4x4 ou de voiture de sport.
Dès que j’ai fini je mets le tout en ligne et je me dirige vers mon frigidaire pour saisir la dernière bière, histoire de célébrer la naissance de Spartakus dans le monde virtuel d’AUM.
De retour devant mon écran j’ai à peine avalé la première gorgée de bière qu’un pop-up rose apparaît : « CrazyGirl 59 vient de vous ajouter à son caddie ».

Il est 1H27 du matin. Nous sommes lundi, je recommence à travailler dans moins de 8 heures et Spartakus est prêt pour l’adoption.

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